IVe CONGRÈS DU FFS : UN SUCCÈS 18 septembre 2007
Trois questions à Gérard FUCHS, directeur du département Coopération internationale de la Fondation Jean-Jaurès
FJJ : Vous avez assisté au IVe congrès du Front des forces socialistes algérien, les 6-7 septembre derniers, au titre notamment de représentant du Parti socialiste français. Dans quel contexte politique s'est-il tenu ?
GF : Depuis sept ans, confronté à un état d’urgence synonyme d’état de non droit, le Front des Forces Socialistes n’avait pas été en situation de réunir son congrès. En m’envolant vers Alger, après avoir connu de grandes difficultés pour obtenir mon visa, je me demandais quelle situation j’allais trouver là bas, pour ce IVème congrès enfin convoqué ! Une exploration préalable sur le site Internet de la Banque mondiale, afin d’actualiser mes informations, ne m’avait pas rassuré : 3500 dollars de PIB par habitant en 2006, soit autour du cinquantième rang mondial : c’était vraiment extraordinaire ; une cent deuxième place sur cent soixante dix sept concernant l’Indicateur de Développement Humain (le fameux IDH) : cela m’apparaissait presque impossible compte tenu du classement précédent ! Ce n’était en tout cas pas le signe évident de la forte amélioration de situation proclamée par le pouvoir en place !
Le premier contact avec le pays réserve son lot de contrastes. La population semble plutôt détendue par rapport à mon précédent voyage (il est vrai dans les années sombres quatre vingt dix !). Mais une série ininterrompue de barrages de gendarmes et de policiers, entre l’aéroport et Alger, puis Zéralda où se déroule le congrès, étonne! Une fois arrivé là bas cependant, ce sont les bonnes surprises qui se succèdent : un millier de délégués ; plus de mille deux cents participants avec une présence importante de jeunes ; un flot d’intervenants dans les trois langues, parfois savoureusement mélangées, mais avec toujours une franchise très roborative concernant ce qui va bien et ce qui va moins bien dans l’action et l’organisation du parti ! Et puis, élément nouveau, il y a ces invités (et intervenants !) prestigieux que sont Mouloud Hamrouche, ancien premier ministre de la période d’ouverture de la fin des années quatre vingt, et Abdelhamid Mehri, ancien secrétaire général dans la même période, qui tous deux mettent l’accent sur l’impératif de réformer le mode de gouvernement du pays. Pas de doute, le FFS existe toujours et il est plus que jamais un acteur central et incontournable du combat pour la démocratisation de l’Algérie.
Pourtant, il faut une véritable foi politique pour être militant du FFS ! Comment s’opposer à un pouvoir dont personne ne sait qui détient les véritables leviers ? Comment faire passer des messages politiques alors que la télévision est verrouillée et que les journalistes de la presse écrite risquent trop souvent leur poste, voire davantage, pour tout écart trop manifeste avec les vérités officielles ? Mais les militants les plus anciens en ont vu d’autres, qui ont mené le combat pour l’indépendance ; et les plus jeunes ont visiblement, comme ailleurs, l’enthousiasme qui appartient à leur âge !
FJJ : Quelles orientations ont été annoncées par le FFS ?
GF : Trois axes stratégiques ont marqué les orientations du Congrès :
- l’objectif affiché d’une deuxième république enfin démocratique, succédant aux institutions de 1963 ;
- la réaffirmation de la nécessité d’un Maghreb uni, aire géographique souhaitable pour la mise en œuvre des Objectifs du Millénaire pour le Développement et donc d’une lutte efficace contre la pauvreté ;
- la volonté d’aller à la rencontre de la société civile : syndicats existants ou à créer, associations professionnelles, ONG , etc…
L’autocritique n’est pas absente du débat : dans un environnement politique si difficile, la démocratie interne au parti apparaît parfois à certains non comme un exemple qui doit être manifeste mais comme un luxe pas toujours indispensable…surtout lorsqu’il s’agit de pérenniser des situations personnelles ! La réaffirmation du nécessaire rôle des femmes dans la vie politique semble avoir du mal à se traduire dans les instances du parti : seulement trois élues au conseil national sur plus de cent membres !
Mais toutes ces difficultés sont bien perçues, notamment par le président et figure tutélaire du parti que demeure Hocine Aït Ahmed. Axée sur la nécessité de l’Etat de droit, le refus de toute violence civile, l’amélioration des conditions de vie des algériens, son intervention a été accueillie avec ferveur par les congressistes.
FJJ : Connaissant bien ce pays, quel est votre sentiment à l'issue de congrès ?
GF : Après le discours et plusieurs échanges en tête à tête, une nostalgie m’est venue : il fallait vraiment que la France coloniale se soit montrée incapable de reconnaître et de respecter la dignité des algériens, pour qu’un tel homme se retrouve le 1er novembre 1954 comme l’un des neuf chefs historiques qui déclenchaient la guerre d’Algérie ! Violence coloniale, violence de la lutte de libération : comment un pays nouvellement indépendant peut-il ne pas être durablement marqué par ces épreuves ? Mais, en même temps, comme il est essentiel d’arriver à tourner la page !
Le FFS a bien sa place et toute sa place dans l’Internationale socialiste. Personne ne peut aujourd’hui prévoir quand le combat qu’il a engagé en 1963 prendra fin. Notre amitié et notre solidarité doivent demeurer sans défaillance.